Unité 1 : le monde de la bible
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Présentation de la discipline enseignée

«Comprends-tu vraiment ce que tu lis? Comment le pourrais-je, si je n'ai pas de guide?» Ac 8, 30

Il n'est pas toujours aisé de comprendre la Bible. Cette première Unité a donc pour objectif d'en faciliter le sens en faisant découvrir, au travers de l'histoire mouvementée du peuple d'Israël, les origines de la Bible, son projet, son autorité et sa méthode interprétative.

Lire pour comprendre
Le sous-titre de cette Unité paraîtra surprenant ou provocant pour certains. Dès lors que nous ne sommes pas analphabètes, ne comprenons-nous pas automatiquement ce que nous lisons? Faut-il vraiment encore consacrer du temps à apprendre à lire la Bible, à notre âge, avec notre formation ? Cette première Unité veut aussi permettre aux participant-e-s de discerner ce qui est en jeu dans la lecture d'un texte, biblique en particulier.

A ce sujet, voilà ce qu'écrit Daniel Marguerat, exégète du Nouveau Testament: «Des préjugés sont tenaces. Par exemple que le fait de lire est un loisir, et la lecture une inactivité. 'Il ne fait rien, il lit'. mais rien n'est plus faux. Lire est un travail. Lire est un événement qui mobilise l'imaginaire, qui va quérir la mémoire et la questionne, qui apprend l'épaisseur des gens et des choses. Le texte est autre, différent de moi, et m'enfouir dans ses lignes est une promesse d'aventure. Lire est un voyage sans fin, un voyage infini, où l'esprit sans cesse rebondit vers de nouveaux paysages. Magie de la lecture. Sans elle, ma vie intérieure dépérit.

»Ce qui est vrai de la lecture, l'est aussi de la lecture biblique. La foi chrétienne ne vit pas de rites à perpétuer, elle vit d'un texte à lire. Mais comment lire, dira-t-on? Le temps n'est plus où l'on pensait que le texte n'avait qu'un sens honnête. Un théologien a dit : 'On pourra écrire l'histoire de l'Eglise en décrivant l'histoire de ses lectures de la Bible.' Et j'ajouterai: la diversité des christianismes aujourd'hui reflète la diversité de ses lectures de la Parole. Les communautés, certaines plus nettement que d'autres, se constituent et se divisent sur la manière de lire l'Ecriture et de la comprendre. La lecture est un voyage, mais le voyage nous révèle divers et séparés.

»Pourquoi cette diversité des lectures? Là encore, ce qui se déroule devant le livre nous aide à comprendre. Personne n'entre en lecture sans une question en lui. Chaque lecteur est habité par une demande, qui guide secrètement son chemin.

»Si la lecture est un voyage, il faut admettre qu'elle nous emporte les uns et les autres avec des vécus, des attentes et des spiritualités différentes. Mais si la lecture est aussi une aventure, la rencontre d'une parole autre, alors sa vérité se mesure au dialogue engagé avec le texte, à l'acceptation des surprises qu'il nous ménage. La lecture de la Bible est authentique lorsque le lecteur consent au dépaysement que lui offre la Parole, quand il accepte d'apprendre autre chose que ce qu'il connaissait déjà... et s'apprêtait avec joie à retrouver.»

Comprendre pour croire
«Si la Bible n'est pas tombée du ciel, c'est bel et bien parce que Dieu, depuis le fond des âges, est venu à la rencontre des hommes, et qu'il ne veut cesser, dans toutes leurs situations, parfois dans leurs impasses, de les interpeller par sa Parole de vie»
Bernard Gilliéron

Si la Bible est le livre le plus édité dans le monde, le plus lu et le plus étudié, il n'en demeure pas moins que c'est aussi le livre le plus étrange. Tout d'abord parce que la Bible n'est pas un livre, mais une véritable bibliothèque (ta biblia = les livres)! Ensuite parce qu'elle est composée de deux collections de livres : l'Ancien et le Nouveau Testament, très différentes l'une de l'autre. Et enfin parce que sa rédaction recouvre approximativement un millénaire.

Sa lecture, du coup, pose toute une série de questions. Par exemple :
- Pourquoi ces livres ont-ils été rassemblés? Par qui? Quand ? Et comment est-il néanmoins possible qu'ils forment un tout si cohérent?

- L'Ancien Testament est difficile. Le langage, la mentalité, les moeurs, tout nous paraît étranger. Et le Dieu qui nous est présenté, Dieu jaloux, guerrier et cruel parfois, nous semble fort différent du Dieu d'amour prêché par Jésus-Christ. Quel intérêt, alors, cela peut-il encore avoir pour nous de le lire?

- Dans la Bible, on nous raconte une histoire merveilleuse où Dieu parle et agit tout le temps (miracles, apparitions, visions, songes, prophéties, etc.) Pourquoi Dieu est-il intervenu pendant plus d'un millénaire et s'est-il tu soudain? Pourquoi ne délivre-t-il plus son peuple, ne sauve-t-il plus les opprimés?

- La Bible a été écrite en hébreu et en grec, et les manuscrits origi-naux ont pour la plupart depuis long-temps disparus.   Comment être sûr, dans ces conditions, que la traduction en français que nous lisons aujourd'hui est encore fidèle à l'original?

- Les textes bibliques ne sont pas les seuls à enregistrer les débuts du christianisme. A côté d'eux il existe des textes qu'on dira «apocryphes». Comment savoir si la canonisation des textes bibliques est arbitraire ou non ?

Lire, chercher, croire, comprendre
Sans prétendre expliquer la Bible, le premier objectif de cette Unité d'introduction à la lecture biblique est donc de montrer comment, avec quels outils, les exégètes travaillent pour mieux la comprendre: histoire de la rédaction, des formes littéraires, recherches historiques et archéologiques, littérature comparée, etc.
Le second objectif, qui lui est conjoint, est de permettre de comprendre comment les Ecritures Saintes se sont peu à peu constituées; à partir de quels critères un choix s'est opéré pour canoniser certains textes et en exclure d'autres; et finalement pourquoi les croyants reconnaissent l'autorité de la Bible comme Parole de Dieu.

Présentation de l'Unité

«Nous sommes des lecteurs de second rang, des lecteurs qui jettent un coup d'oeil par-dessus l'épaule du peuple d'Israël et des premières générations chrétiennes, sur un message qui ne nous était pas d'abord destiné. Interpellés, nous le sommes, mais indirectement, mais sous réserve de faire le chemin qui nous ramènera au premier rang.»
J. Zumstein

Pourquoi ouvre-t-on la Bible? Parfois par simple curiosité, souvent en quête de réponses, de Dieu. En fonction de ce que nous sommes, de nos attentes, certains textes nous attirent, nous parlent ou nous révoltent. D'autres demeurent tout simplement inexplicables et des questions se posent immanquablement. Pourquoi certains passages reflètent-ils un Dieu cruel? Pourquoi la Bible semble-t-elle parfois se contredire?

Dans cette unité, et à partir de textes choisis par les participants, il s'agira dans un premier temps de prendre conscience de la part subjective, affective, qui habite nos interprétations spontanées du texte. Les participants seront invités à acquérir certains réflexes de lecture et notamment à envisager la distance historique, culturelle, qui les sépare du texte biblique.

Au long des quatre colloques, nous tenterons de franchir cette distance en remontant l'histoire jusqu'à l'origine du texte biblique. Le risque: voir sa lecture spontanée des textes remise en question. La chance: trouver peut-être à l'issue du parcours des ouvertures, des pistes nouvelles pour un chemin de réflexion et de foi; découvrir que des textes totalement obscurs prennent soudain du sens.

Comme fil conducteur de nos rencontres: la découverte et l'explication progressive du difficile récit de Genèse 22 (le «sacrifice» d'Isaac).

L'étude de ce passage nous amènera à évoquer, lors du 2ème colloque, le processus de formation des textes et les circonstances historiques qui ont conduit à leur rédaction. Nous aborderons ainsi les principales étapes de l'histoire d'Israël et nous verrons comment cette histoire est reflétée et méditée au long de l'Ecriture.

Les participants prendront conscience du fait que la Bible a été formée sur plusieurs siècles, qu'elle reflète des visions de Dieu, de la foi, du monde et de l'être humain multiples et contrastées, qu'elle témoigne d'une relecture et d'une actualisation inlassables des traditions fondatrices du peuple d'Israël.

Le 3ème colloque sera consacré à la question du «canon» (= règles, normes, etc.) sde l'Ancien Testament. Entre le 1er siècle av. J.C. et le 1er siècle ap. J.C., la communauté croyante a été amenée à sélectionner certains textes, à en écarter d'autres, à déterminer un corpus limité de textes reconnus comme inspirés. Nous nous interrogerons sur les circonstances qui ont rendu cette fixation nécessaire et sur ses critères. Lors de ce même colloque, nous verrons que malgré la délimitation d'un «canon», le Judaïsme a poursuivi son travail d'actualisation de l'Ecriture au travers d'interprétations orales et écrites du texte canonique (par ex: targoums, midrash).

Cette évocation des traditions juives constituera un pont vers le 4ème colloque, centré sur le Nouveau Testament et la question de sa formation.

Le parcours se terminera par une réflexion sur la question de l'autorité du texte biblique et sur la question de notre rapport au texte. Ces points discutés au cours du dernier colloque seront déjà présents au travers de toute l'unité qui, outre sa dimension historique, ouvre ainsi à une réflexion sur la foi, la nature du texte biblique et notre rapport à la Bible. Les rencontres seront réparties entre exposés et moments de travail en petits groupes autour de textes bibliques.

Par Antoinette Steiner, ancienne enseignante


Thèmes des colloques:

Colloque 1:
Comment lisons-nous spontanément le texte biblique. L'importance d'une méthode

Colloque 2:
De l'histoire d'Israël à la formation du texte biblique

Colloque 3:
La formation du canon de l'Ancien Testament et les traditions orales et écrites du Judaïsme

Colloque 4:
La formation du canon du Nouveau Testament et la question des apocryphes; réflexion sur la question de l'autorité de la Bible

Objectifs

L'Unité 1 veut permettre aux participants de:
  • réfléchir sur leur manière de lire un texte biblique
  • réaliser qu'il est important de situer un texte dans son contexte historique
  • prendre conscience de la complexité du processus de formation du texte biblique
  • acquérir certaines connaissances sur l'histoire de la formation de la Bible
  • réfléchir au fait que Dieu se dit au travers des paroles humaines

Pour stimuler la réflexion

Dans la Bible, un même événement peut être raconté et interprété de manière radicalement différente. Tout dépend du sens que les auteurs ont voulu donner aux événements, de leurs représentations du monde, de Dieu, et de l'homme, qui varient selon les époques.

A titre d'exemple...

2 Samuel 24,1-9:
La colère du Seigneur s'enflamma encore contre les Israélites et il excita David contre eux en disant : «Va, dénombre Israël et Juda» [...]
David sentit son coeur battre après qu'il eut ainsi dénombré le peuple. David dit au Seigneur: «C'est un grave péché que j'ai commis. Et maintenant Seigneur, daigne passer sur la faute de ton serviteur, car j'ai agi vraiment comme un fou».

1 Chroniques 21:
Satan se dressa contre Israël et il incita David à dénombrer Israël [...]
Cela fut une chose mauvaise aux yeux de Dieu, et il frappa Israël. Alors David dit à Dieu: «C'est un grave péché que j'ai commis. Maintenant donc, daigne pardonner la faute de ton serviteur car j'ai agi vraiment comme un fou» (Traduction: TOB)

Est-ce Dieu ou est-ce Satan qui incite David au péché? Dans le récit de 2 Samuel, c'est Dieu qui pousse David au mal. Dans le récit plus tardif des Chroniques, l'idée que Dieu lui-même puisse avoir incité David à une action mauvaise est devenue impensable. Cette modification du récit témoigne d'une évolution dans la manière de comprendre Dieu et de poser la question du mal...


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