Unité 2 : l'interprétation des textes
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Présentation de la discipline enseignée

Lire un texte biblique
… Cela semble aller de soi pour une religion qu'on compte parmi les religions du Livre… Pourtant, cela n'est pas si sûr: dans notre société au rythme accéléré et éclaté, lire est un acte de moins en moins habituel. Il y a même lieu de s'interroger sur le lien entre une relative désaffection de la lecture et un Christianisme occidental et traditionnel qui, institutionnellement, bat de l'aile et prétend parfois pouvoir parler de Dieu et du Christ sans qu'il apparaisse nécessaire de lire et relire inlassablement les textes fondateurs. Or ces lectures et relectures sont essentielles au Christianisme pour se construire une identité pertinente, ouverte autant que critique sur le monde d'aujourd'hui. Elles le sont du reste pour quiconque entend se prononcer valablement à son sujet.

Lire un texte biblique?
Pour répondre à cette question, reprenons à notre compte le processus de la lecture que l'Ecriture nous propose elle-même, lors de la rencontre entre un Ethiopien et un disciple nommé Philippe (Ac 8,26-40).

Première indication: «Un eunuque éthiopien... qui était allé à Jérusalem en pèlerinage, retournait chez lui; assis dans son char, il lisait le prophète Esaïe». Au commencement est le désir personnel de la lecture, le plaisir et le goût attachés à la recherche du sens, qui ne va pas sans requérir du temps.

Première question adressée à l'Ethiopien par Philippe: «Est-ce que tu comprends ce que tu lis?». Voilà qu'un espace se crée entre le texte et le sens. Comprendre n'est pas un acte immédiat, un sens est à chercher, tant il est vrai qu'un texte peut être lu à différents niveaux, selon ce qu'on y cherche et qu'on y trouve.
Réponse de l'Ethiopien: «Et comment le pourrais-je si je n'ai pas de guide?». Un guide, ce peut être une ou plusieurs personnes, des instruments de travail, les différentes disciplines du savoir, l'expérience de la vie, ... qui seront une aide pour comprendre, sans oublier, théologiquement, le rôle de l'Esprit. Quelle que soit l'expression du guide, il y a l'idée d'une lecture comme acte collectif, créant un espace communautaire de relation, nécessaire à l'élaboration du sens.
Survient une nouvelle question de l'Ethiopien: «Je t'en prie, de qui le prophète parle-t-il ainsi? De lui-même ou de quelqu'un d'autre?». Le texte met à jour des incompréhensions, comporte des obscurités, suscite des interrogations, appelle des explications de tous ordres. De qui, de quoi parle-t-on? Comment? Questions qui s'adressent autant à l'auteur qu'au texte et au lecteur, réunis dans l'acte de lecture.

Puis, le disciple «partant du texte, lui annonça la bonne nouvelle de Jésus». Une clé de compréhension est proposée, un pôle en vue duquel s'ordonne la lecture, aiguillonne son sens. Dans sa dimension croyante, ce pôle est la connaissance de Dieu, à la fois celle qui témoigne de la quête humaine et celle par laquelle Dieu se donne à voir, à comprendre et à chercher.
A la suite de quoi l'Ethiopien demande le baptême. L'acte de la lecture se prolonge dans un geste, un signe, une attitude qui manifestent l'appropriation d'un sens, en lequel je me reconnais tant qu'il m'engage.

Dernière indication: «L'eunuque poursuivit son chemin dans la joie». Chemin infini de la compréhension: un sens est apparu, qui a nourri et réjoui et permet de continuer la route. Tel est le but ultime de la lecture de l'Ecriture que celle-ci se donne: «Tout ce qui a été écrit jadis l'a été pour notre instruction, afin que, par la persévérance et la consolation apportées par les Écritures, nous possédions l'espérance» (Rom 15,4).

Lire un texte biblique
Il y a un lien étroit entre une parole, orale, destinée à être vécue, dite et proclamée pour aujourd'hui, et une parole qui a été écrite en un temps et un espace déterminés - quand bien même ceux-ci s'étendent sur plusieurs siècles -, faisant référence à des événements datés, l'histoire d'Israël et celle d'un homme nommé Jésus, le Christ. «La Parole s'est faite chair», cette «chair» s'est inscrite dans un texte, et ce texte est appelé à devenir parole. Écrite, cette Parole n'en est pas moins l'expression visible de l'expérience religieuse première du peuple juif et des chrétiens.

La qualité de témoignage attachée aux écrits bibliques est parfois perçue comme un obstacle à la lecture des textes, comme s'ils étaient ainsi frappés par quelque marque d'inauthenticité, par trop soumis au regard subjectif de la foi. En vérité, peut-il exister un écrit, de quelque genre littéraire qu'il soit, qui n'ait également une dimension de témoignage? Avec l'historien Georges Duby, il nous faut «(renoncer) à débusquer le 'fait vrai’, nous contentant... de saisir son reflet dans l'esprit de ceux qui en ont autrefois écrit, (faisant) du témoignage l’objet principal de notre recherche» (L’histoire continue, Ed. Odile Jacob, Paris, 1991, p. 219-220). Tout texte porte l'empreinte de son auteur (ou de ses auteurs), de son histoire, de son projet, de ses attentes. Il en va de même, et à combien plus forte raison, pour les textes bibliques qui déroulent la longue histoire d'une espérance. En tant que témoignages, ils portent en eux le poids de l'histoire passée, mais aussi présente et à venir.
Toute lecture également porte l'empreinte de son époque et des communautés particulières dans lesquelles elle est pratiquée. On ne lit pas les textes aujourd'hui comme on les lisait aux premiers siècles ou au Moyen Age, ce qui ne signifie pas pour autant qu'étant du passé, ces lectures seraient dépassées. La pluralité des lectures renvoie à une pluralité des sensibilités, des communautés et des traditions d’interprétation qui s'enrichissent mutuellement.
Deux approches majeures peuvent être actuellement distinguées, dont le lecteur aura à mesurer, au cas par cas, la compatibilité:

Premièrement, une approche dite diachronique, qui s'intéresse à la généalogie historique et littéraire d'un texte: les lieux et circonstances de sa production, les différentes étapes de sa rédaction, les sources et les genres littéraires utilisés dans la Bible, sont autant d'éléments qui nous aident à comprendre le texte. Ces dernières années ont vu se développer une attention particulière à son contexte social, politique, économique.
Pour montrer l'importance de la prise en compte de cette dimension historique d'un texte, qu'il suffise de mentionner la question de l'antisémitisme, dont le traitement est largement tributaire de la lecture des textes qui en est faite, d'hier à aujourd'hui. Cette dimension historique nous rend également attentifs à une certaine extériorité de la Parole, à sa transmission: le lecteur d’aujourd’hui lit un texte qui l'a précédé et qui lui succédera. A cet égard, la lecture est l'exercice vivant de la mémoire, insérant le lecteur au sein d'une lignée d’autres lecteurs.

Deuxièmement, une approche dite synchronique, qui considère le texte tel qu'il se présente, le texte reçu. L'analyse structurale s'attache à l'organisation interne du texte, à en dégager l’agencement sous-jacent, à étudier le fonctionnement de la langue, sans recourir à des données extérieures au texte. Lui sont liées, les analyses rhétorique et narrative. Cette dernière, qui se développe aujourd'hui avec intensité, se montre attentive aux stratégies de la communication mises en place par un narrateur à l'intention d'un lecteur que le texte construit.
Ces stratégies, qui prennent appui sur les indications de temps, d'espace, les jeux des personnages,... sont au service d’une intrigue par rapport à laquelle le lecteur aura à se situer, qu'il s'agisse du lecteur visé par le texte ou du lecteur réel.
Les quatre colloques consacrés à la lecture de la Bible tenteront de relever au mieux les défis posés par l'acte de lire. Ils donneront l'occasion d'apprendre à lire un texte biblique, en gardant le souci d'un équilibre entre analyse méthodique et liberté d'interprétation, entre respect du texte dans son objectivité et autorité subjective du lecteur: car présent en tout temps, le sens (les sens) d'un texte se trouve autant derrière nous que devant nous, hors de nous et en nous.
par Sophie Reymond, ancienne enseignante


Présentation de l'Unité

Par Laurent Wisser, enseignant

Le programme de l'Unité 2 «L'analyse des textes» est basé sur une démarche de lecture méthodique appliquée à trois textes bibliques de référence et répartie sur quatre colloques d'une journée.

Textes abordés durant l'Unité

Premier texte: Marc 8,27-9,1
Il se situe au cœur du parcours narratif de l'évangile, au moment où Jésus pose deux questions successives à ses disciples: «Qui suis-je, au dire des hommes?» puis: «Et vous, qui dites-vous que je suis?». A cette dernière question, beaucoup plus pointue, Pierre répond: «Tu es le Christ».

Tout semble être dit par cette confession de foi, mais le dialogue va se poursuivre avec vivacité entre Jésus et son disciple, au moment où il annonce pour la première fois qu'il va au-devant de la souffrance et de la mort. Dans un second temps, Jésus expose les conséquences qui en résultent pour quiconque veut marcher à sa suite comme disciple. L'étude de ce passage, débutant par une approche globale de l'évangile de Marc, est répartie sur les deux premiers colloques.

Deuxième texte: Michée 6,1-8

Il nous plonge dans le monde des prophètes de l'Ancien Testament, à une époque (fin du 8e siècle av. J.-C.) où le peuple d'Israël est durement confronté à la menace de l'empire assyrien et à une grave crise interne.
Michée doit engager, au nom de son Dieu, un procès contre son peuple en train de perdre son identité. Procès aux tournures inhabituelles puisqu'il ne va pas aboutir à une condamnation mais à une proposition d'arrangement, à partir de la question fondamentale: «Qu’est-ce que le Seigneur exige de moi?».

Troisième texte: Philippiens 3,2-16
L’épître aux Philippiens nous donne l’occasion d’écouter battre le cœur de l’apôtre et nous offre l’accès au centre de l’expérience paulinienne. Paul a été saisi par le Christ et ce saisissement, désormais, module et oriente son existence entière. Saisi par le Christ, il cherche à saisir le Christ, c’est-à-dire à être trouvé enraciné en son amour, en sachant que l’amour de Dieu seul le justifie. Dans cette conviction, Paul rejette ses anciens titres de gloire et toute l’assurance qu’il pouvait en tirer pour se valoriser.
Ce texte de l’épître aux Philippiens entre en résonnance avec l’Evangile de Marc déjà étudié, puisque Paul maintenant sait son histoire personnelle étroitement liée à l’histoire de la passion.

Méthodes d'analyse
La démarche méthodique prévue pour l'étude de chacun de ces textes bibliques est basée principalement sur «l'approche diachronique» (cf. Présentation de la discipline). Elle comprend les étapes suivantes:
Approche du contexte du passage étudié: sa place dans le livre biblique auquel il appartient (contexte littéraire) et sa relation avec les événements de son époque (contexte historique).

Observation de la forme littéraire et de la structure du texte: c'est ici qu'interviennent les méthodes d'analyse (structurale, rhétorique, narrative) décrites dans «l'approche synchronique» (cf. Présentation de la discipline).
Analyse de détail verset par verset: explication des expressions particulières, des noms de lieux et de personnes, des termes clés, des éléments nouveaux qui font progresser le récit ou l'exposé construit par l'auteur. Recherche des références et des citations d'autres passages bibliques.

Par exemple, dans le texte de Mc 8,27-9,1, on cherchera ce qu'il y a derrière les titres de Christ/Messie et de Fils de l'homme appliqués à Jésus. Et aussi comment comprendre l'injonction très dure adressée à Pierre par Jésus: «Derrière moi, Satan!». On précisera les nuances et les enjeux du mot «vie» dans la sentence: «Qui veut sauver sa vie la perdra; mais qui perdra sa vie, à cause de moi et de l'Evangile, la sauvera».

Synthèse de ces informations dans le but de dégager l'intention du texte: discerner ce que son auteur a voulu transmettre ou expliquer ou proclamer à ses destinataires; contre quoi il a voulu, le cas échéant, les mettre en garde; à quoi il a voulu les exhorter.
Comprendre aujourd'hui: déterminer en quoi le passage étudié répond à nos questions et peut éclairer ou réorienter notre situation d'aujourd'hui, notre relation à Dieu, nos engagements dans le monde et dans l'Eglise.

Supports et outils
Le parcours prévoit l'introduction progressive de divers instruments de travail tels que dictionnaires de vocabulaire biblique et théologique, commentaires bibliques, synopse des évangiles (édition en colonnes parallèles du texte de Matthieu, Marc et Luc).
Divers moments sont consacrés à la comparaison des traductions de la Bible, à la présentation des principaux genres littéraires, à une approche des relations entre l'Ancien et le Nouveau Testament.

Travaux
Pour les participants qui envisagent le «Diplôme», le travail final consiste à faire l'étude d'un texte nouveau à partir de la démarche pratiquée dans les quatre colloques.

Secrétariat

Ouvert mercredi et jeudi, toute la journée ainsi que vendredi matin.

Tél. : 021 646 37 41
Fax : 021 646 37 16

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